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Friday, January 1, 2016

Bouge à Buja By Gaël Faye

[Couplet 1]
J’ai réservé deux billets, ouais je sais déjà
Que cet été où que j’aille, on bouge à Buja

[Couplet 1]
J’ai réservé deux billets, ouais je sais déjà
Que cet été où que j’aille, on bouge à Buja
Bujumbura capitale de mon petit pays
Moi je t’aime aussi de Bubanza jusqu’à Bururi
Et j’ai ramené trois tondeuses à mon grand Willy
Qui veut ouvrir son salon de coiffure à Buyenzi
Je connais l’adresse des bonnes brochettes quartier asiatique
Et la Primus c’est la meilleure que tu trouves en Afrique
Et le dimanche Regina Mundi pour prier
Après t’enfiles le jogging pour courir jusqu’au cabaret
Là-bas j’habite avenue de la Paix quartier Rohero
Je la dédicace au padre car c’est mon héros

[Couplet 2]
Ego Sha ! Eméché, fatigué pour kécher
On s’voit demain kecho, petite soirée Kanyosha
T’es un nouvel arrivage venu pour te ressourcer
Buja pour s’évader tous les week-ends, ok Tugende !
Après le couvre-feu ne fait pas de gaffes, soldats peu loquaces
Allô gars, viens boire un café local à l’OCAF à l’occaz
Remonter le moral, diaspora tous en choral
Tous àl de Buja Centre ou pourquoi pas Buja rural
C’est la fête de Kamenge à Ngagara
Venez vite au cercle nautique on fait frire le ndagala
Prenez le taxi-vélo car on joue pas les riches
Rendez-vous dimanche après-midi, 15h à Saga Beach

[Couplet 3]
Bujumbura ma vie, elle est belle ma ville
Et du monde à mon avis y’a les plus belles des filles
Un peu de fruito, du Nido, partie de foot à Kinindo
Kamambili trouées, j’les ai achetées au Soko
Y’a des grands bwana à Kiriri et des masikinis
Y’a du français, du kirundi, un peu de swahili
Tu peux acheter à l’unité Supermatch, Ambassy
Moi j’préfère de loin manger sombé et bugari
Avant le départ un peu d’Amstel, un pilao de mama solo
A la sortie du Havana, laisse un pourboire au Maibobo
Bujumbura t’hésites encore, moi je te dis pas la peine
Tu vas aimer mon pays de la colline à la plaine

Tuesday, December 1, 2015

Ma Femme By Gaël Faye

Ma femme c'est une bombe, une hécatombe
Quand elle passe dans ton monde ; tous les gars tombent
Ma femme c'est de la came, c'est de la coke en kilogrammes
Ma femme c'est une bombe, une hécatombe
Quand elle passe dans ton monde ; tous les gars tombent
Ma femme c'est de la came, c'est de la coke en kilogrammes
Elle est au top du palmarès ; elle a fait péter vos diagrammes
A côté, les autres, elles ont des tronches de gorilles
Y'a les femmes et y'a la mienne ; allégorie hors-catégorie
C'est pas la peine d'essayer de la guer-dra
Elle en a rien à faire du vermicelle derrière ta guette-bra
Accro, je suis à cran, c'est la muse de mes écrits
Elle a transpercé l'écran ; c'est un diamant dans son écrin
Une femme, une vraie de vraie ; regarde comme elle est gaulée
J'aime pas la voir partir, mais j'adore la voir s'en aller
Je l'entoure de mes bras, ma beauté, ma seule princesse
Jusqu'au bout du monde je me battrai pour que jamais l'étreinte cesse
Regarde sa cambrure, ses seins qui foutent le faya
Je l'épouserai Baie de tous les Saints, Salvador de Bahia
De tous les dons du Ciel, c'est le cadeau du plus offrant
Ma femme elle est trop belle, regarde sa peau couleur safran
Ma femme elle déclenche les ambulances et leurs sirènes
Si le monde était beauté, tu vivrais sous son règne
Son parfum est une ivresse qui te rend saoul l'ami
Elle est classe comme une négresse et dangereuse comme un tsunami
Indépendante est ma femme, l'intelligence incarnée
C'est la reine de Saba, c'est Cléopâtre réincarnée
Ma femme c'est de la foudre, l'orage, les cataclysmes
C'est ta foi, ta religion, l'abjuration des hommes d'église
C'est la belle-fille, que je présente à ma Mama
J'en suis sûr que c'est la bonne, dans les artères coule le magma
Je lui ferai des gosses, des bambins, une floppée de mômes
Parce qu'il y'a la guerre sur la Terre, on va repeupler le monde
Ma femme j'en ferai des disques, des films et des bouquins
C'est la goutte de sang dans l'océan qui rend fous les requins
Je sais qu'elle traumatise donc tise ton verre ou termine ton spliff
C'est pas des révolvers dans ses yeux verts y'a des .22 Long Rifle
1, 2, 3, 4, 5, elle est simple, une beauté qui s'ignore
C'est une femme en or, à ses côtés, je deviens seigneur
Cette femme elle fout en l'air, c'est le requiem du rêve
Elixir du nectar des dieux, j'ai la cuillère aux lèvres
Elle est belle comme le pêché, une séquelle, un vrai scandale
Je suis le prêtre avec les clefs du temple, et je deviens vandale
Cette femme c'est pas de la lette-zou ou de la lollipop
C'est du pe-ra Brooklyn zoo, du Rock'n'roll et du Hip-hop
Je succombe à sa démarche, cette langueur qui se pavane
Avec les cheveux dans le soleil, elle danse, rue de la Havane
On a mis le cap vers cette plage du Cap-Vert
Au piano y'aura Ruben, au micro Ibrahim Ferrer
Au creux de son oreille, j'irai glisser "ndagukunda"
Je t'aime dans toutes les langues du monde, UMUGWANEZA !

Thursday, September 17, 2015

Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre By Gael Faye

[Couplet 1]
Il voulait quitter la routine, celle de son père
Qui étiole les rêves au large des paupières


[Couplet 1]
Il voulait quitter la routine, celle de son père
Qui étiole les rêves au large des paupières
Enfourcher son vélo, repartir à zéro
Petit gone de Lyon aux oripeaux d’évasion
Partir ! Non pas pour voir de nouveaux lieux
Mais voyager, pour ouvrir de nouveaux yeux
Orpailleurs d’horizons, y’a que des hôtels mille étoiles
Pour les clochards célestes qui ne s’embarrassent pas d’un toit
Petit croissant au beurre, petit français qui flâne
Il lisait Kerouac et chantait Bob Dylan
Il est parti vivre à la dure
Découvrir l'humain, épouser la nature
Et de pays en pays, il pédale, il pédale
Et de guerre en maladie, il pédale, il pédale
S’est usé par la route d’un voyage de cinq ans
Qu’au bord de son doute il rencontre un piment

[Couplet 2]
Elle était belle comme un piment, une robe du dimanche
Elle rêvait d’un charmant, d’un amour qui s’épanche
Elle vivait dans un quartier populaire
Elle avait fui son pays, les pogroms et la guerre
Et la terre des ancêtres était un vaste mouroir
Et ce pays d’accueil, un sombre miroir
Qui lui renvoyait cette image de paria
Une réfugiée HCR qui glisse aux parois
Et qui veut s’envoler, partir loin d’ici
Là où le ciel ne dit ni Hutu ni Tutsi
Et puis les murs de sa chambre au vert papier peint
Recouvert de poster de « Salut les Copains »
Etait son antre où elle rêvait d’être hippie
D’écouter du Jimmy et de vivre à Paris
Et c’est en attendant le bus sous un arbre en fleur
Qu’elle a croisé son destin à celui d’un croissant au beurre

[Couplet 3]
Elle et ile aux Sources du Nil
Un vent souffle l’idylle sur les branches d’un nid
D’un croissant beurré et d’un piment swahili
Qui s’étaient donc jurés de s’aimer pour la vie
Malgré toutes les routes crevées d’ornières
Dans le panache de poussières des saisons blanches et sèches
Malgré le doute et les pluies diluviennes
Malgré les torrents de boue qui s’écoulent dans la plaine
Le croissant, le piment ont le goût d’un enfant
Puis de un puis de deux, carpe diem d’un instant
Aucune écluse ne peut contenir les rêves
Que le cœur transporte et pour lesquels il crève
Pili-Pili rêvait de Paris
Croissant au beurre voulait vivre ici
Ils se croisent, se décroisent les chemins
Et laissent des enfants au carrefour des destins

Friday, May 29, 2015

L'ennui Des Après-midi Sans Fin By Gaël Faye

[Couplet 1]
Un cimetière s’est formé entre NACO et moustiquaire
La névralgie du robinet c’est le bruit de ma rivière

[Couplet 1]
Un cimetière s’est formé entre NACO et moustiquaire
La névralgie du robinet c’est le bruit de ma rivière
Le vent danse dans les rideaux, le grelot de la tringle
Dehors grésille la radio de quelques voix que je distingue
Des oiseaux dans la volière, le kasuku fait du boucan
Si le frigo ne bourdonne guère c’est qu’il y a coupure de courant
Rayon de soleil en suspension, filaments de poussière dans l’air
Qui traversent le salon pour zébrer d’ombre et de lumière

[Couplet 2]
A l’heure de la sieste, j’apprivoise le silence
Petit Prince d’ennui modeste entre mouton et somnolence
Dans la vieille maison de briques, de la Belgique sous les tropiques
A l’heure des choses statiques j’invente, je me fabrique
Petit garçon, genoux cagneux, il fait trop chaud sous mes cheveux
Nos jeux sont souvent poussiéreux sous un soleil de plomb teigneux
Les excursions chevaleresques, les fous rires, les pactes de sang
Copain ça compte, copain ça reste, copain c’est d’abord un mot d’enfant

[Couplet 3]
Dans le ventre de la maison, les adultes en digestion
Et moi coincé dans mes questions, prisonnier d’une toile au plafond
Capharnaüm de la déco, les masques, les trophées, les geckos
Je joue au GI Joe dans le crâne d’un hippo
A l’intérieur il fait frais, le carrelage une mosaïque
Sur lequel mes voitures jouets dessinent des routes périphériques
Torpeur d’après-midi sous un ciel bleu paradis
Parade levée dans le taillis, 14 Juillet chez les fourmis

[Couplet 4]
Dans mon jardin d’Eden y’a des serpents à tous les angles
Et faute de pomme Golden, je trahis Dieu avec des mangues
Toute l’année dans mon jardin je vis à ciel ouvert
Sous le Ficus je suis un nain, arbre temple, arbre univers
La citronnelle borde la rigole entourant la maison
La pluie s’abstient ou dégringole, les pizzas n’ont que deux saisons
Mais quand les trombes s’abattent, elles tambourinent le toit de tôle
Les bananiers deviennent frégates et l’eau cascade sur mes épaules

[Couplet 5]

Une planche à voile sur le toit d’un combi Volkswagen
Des photos jaunies, le petit chien s’appelle Amstel
Pas de 4 heures, pas de goûter, pas de pâte à tartiner
Pas de chaîne, pas de télé, y’a que l’aquarium à regarder
Pas de parfum que l’on humecte, j’écris des lettres à une maman
A une absence, apprendre à faire avec , c’était apprendre à faire sans
C’était ma vie, c’était la vie, c’était le train-train quotidien
C’était l’ennui des après-midi sans fin…

A France By Gaël Faye

[Intro]
Mon arrivée en France, y'a bien longtemps
Depuis que j'crois plus en l'ONU, depuis que j'crois plus en l'OTAN 

[Couplet 1]
Mon arrivée en France, y'a bien longtemps
Depuis que j'crois plus en l'ONU, depuis que j'crois plus en l'OTAN
Maintenant j'ai vingt ans et quelques poussières
Et j'repense à l'Afrique où nous étions encore hier
On a grandi là-bas au bord du lac Tanganyika
Et moi je supporte ici, tant que là-bas y'aura mes gars
Eh J-NO, Mucyo, Iris, Fabrice et les autres
Des potes comme vous j’vous assure j’en ai pas retrouvé d’autres
Et puis y’a eu Paris, maintenant j’l’appelle « Panam »
La pollution, les épiciers berbères et leurs mauvaises bananes
Ici c’est grecs, mac do, la pluie, le froid, les flaques d’eau
Métro boulot dodo, la place Vendôme et les clodos
Mais j’m’habitue, j’aime mes baskets et mon bitume
Et comme j’veux faire fortune, au mois d’août j’me fais des thunes
J’suis solitaire et des fois je sors la plume
J’suis pas rappeur, juste un virevolteur de mots pleins d’amertume

[Refrain]
L’AFRANCE est l’asile, l’absence et l’exil
Souffrance mais par pudeur faut pas que je l’exhibe
Je vis loin des mes rêves, de mes espoirs, de mes espérances
C’est ça qui me tue d’être écartelé entre Afrique et France

[Couplet 2]
Mon père chasse le croco, ma mère met du lait d’coco
Ici je suis franco-rwandais j’vais pas vous faire un topo
J’ai quitté le pays et sa situation sinistre
J’m’étais promis, ben qu’un jour je deviendrai ministre
Mais j’ai grandi, j’ai pas d’plan pour le Burundi
J’continue d’espérer, les frères c’est pas ce qu’on avait dit ?
J’ai revu Buja, elle a plus le même visage
C’est devenu une ville sage et tous les jeunes veulent un visa
Des fois j’me demande si j’ai un devoir envers l’Afrique
J’pourrais fermer les yeux, une femme des gosses et garder mon fric
Problème existentiel de nos délires névrotiques
De ma vision romantique, j’veux faire naître un nouveau type
Car j’fais partie de cette diaspora de cette jeunesse
Qui a quitté le pays pour faire recette
Mais j’men rends compte, qu’on est trop con
Qu’on gâche nos vies et que l’Europe devient notre cocon

[Refrain]

[Couplet 3]

Tu te rappelles nos grands-pères aimaient leur terre et leur bétail
Et nous les fils on se perd dans les guerres et les batailles
Ma mémoire se paralyse, et ma peine se cautérise
Des machettes qu’on aiguise, de tous nos morts dans nos églises
J’oublie pas que l’exil c’est comme une porte d’exit
Je crie mes origines car c’est comme ça que j’existe
Trop de larmes ont coulé, beaucoup de textes j’ai gribouillé
Maintenant je regarde le soleil sur le lac d’une plage de Kibuye
Petite sœur tu prends la ligne pour les milles collines
Embrasses bien les cousins, embrasses bien les cousines
Et puis embrasses aussi la grand-mère à Butare
Dis lui que chaque année que je passe loin d’elle me rend plus taré
Et si tu prends le bus Vénus pour Bujumbura
Fais gaffe à toi, aux embuscades à Bugarama
Embrasse papa qui est resté au pays
Dis lui qu’en France je ne grandis plus, dis lui que je vieillis

[Refrain]

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